Le volcanisme d'Ardèche



III – LES VOLCANS CONTEMPORAINS DU VELAY ET DES COIRONS

III A – LE ROCHER DU CHEYLARD : UN MAGNIFIQUE NECK BASALTIQUE 

Le Rocher du Cheylard, qui domine le paysage environnant, est un neck constitué d’un basalte parfaitement prismé à faciès cumulatique (l’utilisation de ce qualificatif vient du fait qu’on y observe de nombreux cristaux, aux formes géométriques, s’étant vraisemblablement développés en profondeur et s’étant "accumulés" par gravité au fond d’une chambre magmatique).
 
LE ROCHER DU CHEYLARD

Vu de loin, le Rocher du Cheylard peut être pris pour une intrusion phonolitique, voir trachytique. Il n’en est rien ; ce point haut est en effet un neck, constitué d’un basalte à grands cristaux de pyroxènes à formes géométriques (faciès "cumulatique" ayant cristallisé dans une chambre magmatique profonde.

Au Rocher du Cheylard, le basalte se caractérise aussi par l’abondance des pyroxénolites à olivines abondantes (et vraisemblablement à spinelles). Ces roches, de couleur sombre, sont constituées d’agrégats de minéraux dits "cumulatiques". Ces pyroxènes et olivines, de taille relativement élevée (parfois quelques centimètres), peuvent avoir cristallisé dans une chambre magmatique qui se situait au sein même de l’écorce terrestre. Ils peuvent aussi avoir pris naissance dans des fractures du manteau supérieur. Dans une telle éventualité, la composition probable des minéraux observés implique une cristallisation à une profondeur inférieure à 50 km. A droite de la ligne virtuelle joignant le Mézenc au Rocher du Cheylard, à une bonne centaine de mètres de celui-ci, existe une autre intrusion présentant (au moins localement) une prismation presque horizontale. Cette formation, qui peut être qualifiée de dyke, appartient vraisemblablement à la même venue que celle qui est à l’origine du Rocher du Cheylard.
 

Nous ne disposons d’aucune mesure permettant de donner un âge précis à cette formation ; il reste que les faciès observés sont connus dans certaines émissions du Devès et du Velay oriental. Nous connaissons notamment un tel basalte à proximité de Rieutord. Ainsi, et sous réserve des données d’une datation permettant de mieux cerner la question posée, cette formation pourrait avoir un âge de l’ordre de 7 à 8 Millions d'années.

La vue est remarquable depuis le sommet du Rocher du Cheylard, on observe parfaitement :

- le Mézenc tout au Nord ainsi que le Ray-Pic au premier plan,
- la vallée de la Bourges et l’ensemble Vestide du Pal-Bauzon vers l’ouest,
- le plateau, avec son altitude moyenne élevée également vers l’ouest,
- le Ranc Ranier vers le sud, 
- la dissection du "rebord cévenol" et ses vallées encaissées aux pentes en V extrêmement raides au sud.
VUE, EN DIRECTION DU RAY-PIC ET DU MÉZENC, DEPUIS LE SOMMET DU ROCHER DU CHEYLARD

Nous voyons en direction du nord, sur cette photographie, prise depuis le sommet du Rocher du Cheylard, à la fois le maarbasaltique du Ray-Pic (au premier plan), et la phonolite du Mont Mézenc (au dernier plan).
 

III B - RANC RANIER 

En arrivant près de la formation de Ranc Ranier, on observe une formation basaltique, présentant une élévation de l’ordre de 20 mètres, remarquablement prismée et surmontée d’un ensemble évoquant un entablement. Il pourrait s’agir des restes du manchon de contact de la partie supérieure d’une intrusion. Mais, si tel était le cas, l’intrusion n’aurait pas atteint la surface et aurait été mise en relief par l’érosion ultérieure de son encaissant. Cette éventualité ne serait pas étonnante si, comme tout le laisse à penser, ces basaltes appartiennent à l’un des épisodes du volcanisme miocène (sans doute vers 8 Ma pour donner un ordre de grandeur plausible). Le basalte de Ranc Ranier, à patine grisâtre et à cassure relativement esquilleuse, contient de très rares petits clinopyroxènes noirs. Tant par sa cassure que par l’existence de xéno cristaux du socle, il évoque les dykes basaltiques de la route de la Bésorgues (également d’âge miocène).

Le Ranc Ranier qui culmine à 1294 mètres est très vraisemblablement ce qui subsiste du remplissage d’un cratère strombolien succédant lui-même à un cratère de maar comme le suggèrent les brèches riches en éléments de socle que l’on trouve localement à sa périphérie. Il ne resterait donc qu’un peu de la substructure et surtout la lave ayant rempli le cratère sous forme d’un lac de lave. Ceci serait en bon accord avec l’aspect parfaitement plat de la surface de ce qui de loin et au premier regard peut être pris pour une coulée ou une intrusion.
 
 
L’ANCIEN LAC DE LAVE

DE RANC RANIER

(LA BASTIDE SUR BESORGUES)

Nous observons, sur cette photo, le rebord du lac de lave -aujourd’hui déchaussé par l’érosion,- qui avait vraisemblablement comblé un ancien cratère de maar. On retrouve localement, et en place, les produits d’explosion en périphérie de l’ancien lac basaltique

III C – LE NECK DE CRAU

Le neck, situé sur le territoire de la commune de Genestelle, regarde Antraigues dont il n’est séparé que par quelques centaines de mètres. Cette intrusion, de bonne taille (200 X 300 mètres), a initialement été considéré comme un appareil apparenté au type hawaiien. Ainsi Bozon (1963, p. 617) remarque qu’il est "étroitement accolé à la montagne" et il conclut : "Ce volcan au toit plat a pu avoir un cône de scories, aujourd’hui totalement disparu, mais il peut tout autant n’en avoir jamais eu et être un cratère de type hawaiien". Le problème ne se pose pas en ces termes, le volcan de Crau étant un neck, de forme légèrement elliptique, dont on comprend très bien qu’il soit (de ce fait) "étroitement accolé à la montagne". Il reste que cet appareil ancien, probablement contemporain des émissions du Coiron, peut avoir alimenté une structure érodée depuis longtemps. L’appareil est très démantelé et on ne peut guère observer qu’à l’amont le contact avec le socle. Toute la partie du neck, regardant vers la vallée du Mas, est ennoyée sous ses propres éboulis.

Le basalte constitutif est gris clair, mal prismé et riche en enclaves de péridotites. Celles-ci sont tantôt trapues et angulaires, tantôt allongées et arrondies. On peut également observer des phénocristaux et des macrocristaux de pyroxène (augites) pouvant atteindre quelques centimètres. Ces pyroxènes se sont développés à partir du liquide basaltique initial alors que les péridotites sont des fragments arrachés au manteau supérieur (lors de la montée de la lave basaltique qui les contient).
 
 
LE NECK DE CRAU (VU DE LA ROUTE DE GENESTELLE)

Cette photographie, prise depuis la route reliant Antraigues à Genestelle, permet de bien appréhender la forme sub-elliptique du neck de Crau. Ce dernier, à surface relativement plane, est largement ennoyé sous ses propres éboulis.


LE CHATEAU DE CRAU (Commune de Genestelle)

Le Château de Crau, bâti en lisière du neck basaltique, pourrait faire l’objet d’une intéressante exploitation touristique.


MARMITES DES GÉANTS, ANTRAIGUES

Cette vue plongeante, prise depuis le petit pont enjambant la Volane juste sous Antraigues, nous montre de superbes marmites de géants. Il s’agit de cavités plus ou moins circulaires façonnées (ici dans le socle) par l’action des galets, lesquels tournoient en frottant la roche, particulièrement lors des épisodes de crues. Parfois, la coalescence de ces marmites joue un rôle significatif dans le modelé du fond des vallées. Ce point de vue est l’un des plus spectaculaires avec celui qu’on peut admirer dans le lit de la Bourges, à la sortie de Burzet.

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