Le volcanisme d'Ardèche

   

II – LES JEUNES VOLCANS d'ANTRAÏGUES

En première approche le volcanisme présent sur le territoire des communes concernées (Labastide sur Bésorgues, Aizac, Genestelle, Antraïgues, …), relève du "Pays des Jeunes Volcans d’Ardèche". Le volcan du Pic de l’Etoile et sa coulée, comme le volcan de Grange Neuve (son jumeau) ainsi que la Coupe d’Aizac se rattachent en effet à l’avant dernier épisode éruptif (au plus 80.000 ans) ayant affecté le Bas Vivarais. Il en est de même de la Coupe d’Aizac et de sa coulée laquelle, jusqu’à l’approche de Vals, suit le cours de la Volane. Il reste que d’autres manifestations éruptives, plus anciennes, sont également bien représentées sur le territoire de ces communes. Ces venues volcaniques, d’intérêt indéniable (Ranc Ranier, Rocher du Cheylard, neck de Crau), doivent probablement être rattachées au volcanisme d’âge miocène qui (vers 8-7 Ma) a affecté tant le Coiron que le sud du Velay oriental. 

II A - LE MAAR DU PIC DE L’ÉTOILE ET LE VOLCAN DE GRANGE NEUVE

LE PIC DE L’ÉTOILE

C’est Giraud-Soulavie (1780) qui le premier a décrit ce volcan que Forbes (1850) crut découvrir 70 ans plus tard. Boule (1906) note que "les produits de projection paraissent avoir été dispersés par une violente explosion" ; P. Bozon (1963) et Berger (1973) l’ont -à l’instar de Giraud-Soulavie- interprété comme un cratère égueulé. De fait, cet appareil comprend deux cônes : le Pic de l’Etoile (ou maar de la Sapède : Figure 5), centré sur le Creux de l’étang, et le volcan de Grange Neuve, très surbaissé et largement érodé. Nous décrirons plus particulièrement le Maar de la Sapède (Pic de l’Étoile).

Le percement de la route, dite de la Bézorgues, a bien mis en évidence des affleurements qui montrent l’existence d’un épisode phréatomagmatique important, lequel a précédé l’édification coaxiale du cône strombolien (Photo).

Les produits d’explosion sont ici relativement riches en matériel basaltique, à la différence de ce qui s’observe le plus souvent (par exemple au maar du Ray-Pic).
 
LE PIC DE L’ÉTOILE

(Sommet de la Sapède)

Cette photographie montre bien que la partie supérieure du volcan (sommet de la Sapède ou Pic de l’Etoile) est totalement de type strombolien et repose sur des produits dont la mise en place est de type phréatomagmatique (zone claire à la base de l’appareil).

PRODUITS D’EXPLOSIONS

Les produits d’explosions, à forte influence phréatomagmatique, sont ici (épingle précédant la prise d’eau) à la fois riches en gros blocs du socle (parfois submétriques) et en éléments basaltiques de type "pouzzolanes" à la différence des niveaux précoces, à la fois essentiellement constitués d’éléments du socle et moins riches en gros blocs.


 
carrière

alluvions

socle

cratère de maar

produits phréatomagmatiques

cône strombolien

pouzzolanes

coulée basaltique

sens d'épanchement

FIGURE 5 – LE MAAR DU PIC DE L’ÉTOILE (LA BASTIDE SUR BÉZORGUES)
CARTE ET COUPE SEMI-INTERPRÉRATIVE

Le cône qui couronne le "Creux de l’Étang" trouve donc son origine dans la phase d’activité strombolienne tardive. On observe dans l’édifice strombolien essentiellement des scories soudées, des bombes fuselées ainsi que des bouses de vache pouvant être métriques, des pseudo-coulées, des blocs de basalte massif (sommet nord) et/ou scoriacés. De nombreuses amphiboles centimétriques à sub-décimétriques sont également observables ; on y trouve également des cumulats polycristallinspyroxènes et amphiboles).

La mise en place de la coulée basaltique semble, comme souvent, terminer le cycle éruptif. Cette coulée, longue de 4,5 km, atteint une puissance d’une trentaine de mètres à La bastide sur Bézorgues. Elle repose tantôt directement sur le socle (Photo), tantôt sur les dépôts issus du démantèlement des produits phréatomagmatiques.
 
COULÉE DU PIC DE L’ÉTOILE,

CONTACT BASALTE – SOCLE

La coulée basaltique, émise par le maar du Pic de l’Étoile, a partiellement comblé le ravin situé en rive droite de la Bézorgues. On voit bien, sur cette diapositive, le contact socle – coulée basaltique.

 LE VOLCAN DE GRANGE NEUVE

Ce volcan, qui paraît à peine plus ancien que celui couronnant "Le Creux de l’Étang (Pic de l’Étoile)", semble aussi avoir débuté par une phase phréatomagmatique sans doute masquée au regard. Elle s’exprime plus par l’abondance des blocs de socle bien observables dans un matériel essentiellement pouzzolanique. De même les très nombreux xéno cristaux de socle, bien visibles dans le basalte, soulignent l’influence phréatomagmatique. A la différence du Pic de l’Etoile, les péridotites et autres pyroxènes ou amphiboles sont absents. 

II B - LA COUPE D’AIZAC

Dès 1833, Burat disait de la Coupe d’Aizac : "elle présente un des plus beaux cratères basaltiques que l’on puisse citer". En effet ce volcan strombolien, comme celui de Jaujac, dessine une forme quasi parfaite. La Coupe (environ 500 mètres de diamètre), largement constituée de projections scoriacées, culmine à 808 mètres. Elle est bien observable tant depuis la route conduisant à la chapelle située au nord-est du col d’Aizac (Rive gauche du ruisseau du Fuels) que depuis la commune d’Antraigues. Il reste que les meilleures vues sur ce site sont celles dont on peut disposer depuis la route reliant Antraïgues à Genestelle et depuis le neck de Crau lui-même (Photos).

L’égueulement, situé du côté N-NO du cône à la cote 690 mètres, a offert le passage à une unique coulée que l’on peut suivre jusqu’aux confins de Vals (Pont de Bridou). En effet la coulée, après avoir buté sur le socle à l’aplomb de la Coupe, a suivi le ruisseau de Fuels sur 1500 mètres. Parvenue à la latitude de Chastagnier, elle a emprunté le talweg de la Volane. Du fait de l’encaissement de la vallée à cet endroit, la coulée a d’une part reflué sur 800 mètres dans le lit de la Volane (jusqu’à l’éperon du Bouchet) et d’autre part comblé partiellement les lits de la Bise et du Mas.
 
 
COUPE ET COULÉE D’AIZAC

Cette photographie, prise depuis l’entrée d’Antraigues, permet d’observer à la fois la structure de la coulée basaltique et la Coupe d’Aizac vue ici de profil.

ANTRAÏGUES ET LA COUPE D’AIZAC :

VUE DEPUIS LA ROUTE DE GENESTELLE

Cette diapositive permet de bien apprécier le site d’Antraigues, partiellement bâtie sur la coulée d’Aizac, ainsi que le profil en travers peu accusé de la vallée entre le col d’Aizac et Antraïgues.

Le trop-plein a ensuite suivi le cours de la Volane vers le sud. Ainsi que nous l’avons vu, on en retrouve la trace la plus distale à Pont de Bridou, à la porte de Vals les Bains. Cette coulée a un profil en long très disséqué et la cote actuelle du talweg est fréquemment 20 à 30 mètres au-dessous des lambeaux conservés. Cette érosion significative est en accord avec le fait que la Coupe d’Aizac ne relève pas du dernier épisode éruptif de l’Ardèche mais bien du précédent.

De larges lambeaux de la coulée, qui avait empli la vallée du Mas, sont encore bien observables, en rive droite du ruisseau de celui-ci. La vraie colonnade comme l’entablement sont en effet bien mis en valeur par l’érosion fluviatile.
 
COULÉE D’AIZAC :

VRAIE COLONNADE ET ENTABLEMENT

(RUISSEAU DU MAS, ANTRAÏGUES)

Sur cette photographie, prise en rive droite du Ruisseau du Mas, on distingue parfaitement la vraie colonnade (faite de prismes plus ou moins hexagonaux) et l'entablement (mal prismé et en surplomb). La coulée, issue de la Coupe d’Aizac, est l’une de celles qui permet le mieux de distinguer les différentes parties constitutives d’une coulée basaltique dite "de vallée".

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