Le volcanisme d'Ardèche



LE MAAR DU RAY-PIC : GÉNÉRALITÉS.

  Le maar du Ray-Pic, pourtant connu dès le XVIIIème siècle (Faujas de Saint Fond, 1778), a longtemps attendu avant de recevoir un nom consacré par les travaux scientifiques. Dans la littérature géologique, il a successivement hérité des noms suivants : Cros de Pélissier (Dalmas, 1872), Volcan du Ray-Pic (Bozon, 1963), Coupe de la Fialouse (Brousse et Berger, 1967), enfin maar du Ray-Pic (Berger, 1981).
Le maar du Ray-Pic (Figure 1), aujourd’hui haut lieu touristique, est implanté en rebord du plateau, à 6 km au nord de Burzet. Le sommet culmine à 1293 mètres et domine de 100 mètres le plateau ardéchois. Au premier regard, il présente l’aspect d’un volcan strombolien parfaitement classique, à pentes extérieures assez faibles (de l’ordre de 20°). Le cratère (1200 sur 1500 mètres) a une pente interne un peu plus importante ( 25°) et est égueulé vers l’est. 
   La phase strombolienne, achevée par la mise en place d’une superbe coulée basaltique d’une longueur de l’ordre de 21 km, a été précédée par une phase phréato-magmatique qui a entaillé le socle en y formant un cratère circulaire.
Les produits, mis en place lors de cette phase initiale, sont aujourd’hui bien observables en bord de route (consécutivement à un élargissement récent de celle-ci) et dans les secteurs nord-ouest et nord de l’appareil.
  Outre sa dimension exceptionnelle, la coulée basaltique se caractérise par l’abondance, la taille et la fréquente fraîcheur de ses enclaves de péridotites.
FIGURE 1 - LE MAAR ET SA COULÉE.
Cette carte permet de prendre conscience de l’exceptionnelle longueur de la coulée basaltique émise par le maar du Ray-Pic (communes de Pereyres et de Lachamp-Raphaël). En effet la distance, séparant le cratère du Ray-Pic de la commune de Pont-de-Labeaume (dernier point où la coulée est encore visible), est légèrement supérieure à 20 kilomètres. Le suivi de cette coulée, qui traverse plusieurs autres communes (Burzet, Saint-Pierre-du-Colombier), présente beaucoup d’intérêt (géomorphologie, prismation du basalte, nombreuses « chaussées des géants » etc. L’exceptionnelle richesse du basalte en enclaves de péridotites d’une fraîcheur remarquable est un autre atout susceptible d’intéresser tout particulièrement les amateurs de pétrologie.
I - LE MAAR DU RAY-PIC.

Le maar du Ray-Pic s’est mis en place sur un promontoire limité à l’ouest par le ruisseau du Pas de Fer, au sud et au sud-est par la vallée de la Bourges, à l’ouest et au nord-est par le ruisseau des Fonts. Ce volcan a également été appelé «Coupe de la Fialouse» par les auteurs anciens. La meilleure approche de l’appareil est celle qui permet d’atteindre le cœur du système à partir de Lachamp-Raphaël. Les observations de terrain montrent alors qu’une importante phase à dynamisme phréatomagmatique a précédé l’épisode strombolien (photo 1).
Photo 1 - ÉTAPES DE L’INDIVIDUALISATION DU MAAR.
On voit, sur cette photographie, qu’un épisode de type phréatomagmatique (niveau clair, riche en éléments du socle) a précédé la phase strombolienne (niveau sombre, constitué de projections basaltiques).

Figure 2 - MAAR DU RAY-PIC
(Coupe semi-interprétative).
La phase phréatomagmatique a contribué à l’individualisation d’une ouverture cylindrique dans le socle, bien observable dans la partie nord ouest du volcan. Les parois, pratiquement verticales, sont bien visibles à proximité de la cote 1191 m. L’interprétation structurale du maar est donnée dans la figure 2 (coupe semi-interprétative).
Les produits d’explosion phréatomagmatiques sont présents dans presque toute la partie est de l’appareil. Les affleurements, situés au nord et au nord-est de l’appareil, se prêtent à des observations détaillées (ravin de la Grangette de Valier et formation de Vincent). 
 Des figures caractéristiques de ce type de dynamisme sont localement bien mises en évidence par  l’érosion récente (photo 2).
Photo 2 - CHENAUX DANS LES PRODUITS DE MAAR.
De telles figures sont souvent provoquées par le souffle des explosions (on les nomme «déferlantes basales»). Elles peuvent occasionnellement trouver leur origine dans des phénomènes d’instabilité contemporains de l’édification du maar (effondrements, voir ravinements liés à l’action de l’eau).
La transition entre les deux dynamismes successifs est rapide sur le terrain ; les produits correspondants s’observant sur une épaisseur inférieure à deux mètres. On passe ensuite à un ensemble constitué de scories basaltiques plus ou moins grossières, de bombes de tailles très variées (centimétriques à métriques, parfois plurimétriques et s’étalant alors en « pseudo coulées). L’épaisseur de cette formation atteint 40 à 50 mètres sur le versant nord de la Balme des Sauvages et seulement une dizaine de mètres au nord de la Grange de Valier.
La base de la formation est localement constituée de projections à structure en nid d’abeille, reflétant la richesse en gaz du magma basaltique au moment de l’éruption. L’ensemble, mal soudé, est particulièrement riche en enclaves de péridotites d’une grande fraîcheur et aux dimensions parfois remarquables (Photo 3).
Photo 3 - RAY-PIC : ENCLAVES DE PERIDOTITES.
A condition de pénétrer à l’intérieur du cratère, il est possible d’observer de très beaux nodules de péridotites, au sein des projections stromboliennes. Certains présentent un état de fraîcheur tout à fait exceptionnel.
Le bord nord de l’égueulement est visible dans le ravin bordant le volcan vers l’est. On remarque ici que la coulée principale a été précédée de plusieurs petites coulées d’épaisseur métrique. 
Au célèbre lieudit «Cascade du Ray-Pic», la formation basaltique atteint une épaisseur de plus d’une cinquantaine de mètres et offre au regard une superbe prismation divergente (Photos 4 et 5).
Photo 4 - RAY-PIC : LA CASCADE.
Un lac de lave a probablement occupé temporairement le cratère de la Fialouse. La puissance de la formation basaltique s’explique en partie par la localisation de l’érosion en bordure de cet ancien lac de lave aujourd’hui figé.

PHOTO 5 - RAY-PIC : PRISMATION
EN GERBE.
La cascade du Ray-Pic, 
outre son approche ludique, 
offre au regard une superbe 
prismation en gerbe.
 

 

II - EN SUIVANT LA COULÉE BASALTIQUE

Sept à huit points d’observation s’imposent naturellement entre le Ray-Pic et la commune de Pont-de-Labeaume. Nous citerons : Pereyres, Le Peyral, le pont de Chastagnias (à l’amont de Burzet), Burzet (centre du village et amont immédiat), le pont de Lamadès (à l’aval de Burzet), la confluence Bourges-Fontaulière (communes de Saint-Pierre-du-Colombier et de Meyras) , enfin le site de Pont-de-Labeaume où la coulée issue du Souilhol vient recouvrir celle venue du ray-Pic. Pour chacun de ces points d’arrêt, nous baserons notre commentaire sur une photographie représentative du site concerné. Depuis le cratère de la Fialouse jusqu’à Pont-de-Labeaume, la coulée a parcouru près de 21 km ; il s’agit de l’une des plus longues coulées basaltiques de vallée du Massif Central. Toutefois il n’est pas certain que la coulée se soit arrêtée dans la partie tout à fait amont du parcours, tant la pente y était importante. Quoi qu’il en soit, celle-ci n’est pas visible entre le site du Ray-Pic et le pont de Pereyres.
LE SITE DE PEREYRES.
Le site de la commune de Pereyres permet deux types d’observation. Le premier est représenté par les importants lambeaux de coulée encore accrochés de part et d’autre de la vallée, une bonne vingtaine de mètres au-dessus du fond actuel de celle-ci. Cette observation offre l’occasion de mesurer l’importance des ré incisions qui ont affecté les vallées au cours du quaternaire récent. Cet «enfoncement des vallées» est à rapprocher du soulèvement qui affecte le Massif Central depuis 10 millions d’années. Le second thème est matérialisé par le «mur  de basalte» présent, en rive gauche, immédiatement sous la coulée. L’observation attentive montre qu’il s’agit d’un dyke de basalte ancien (probablement d’âge miocène et sans doute contemporain des laves du sud du Velay oriental). Il se situe dans le prolongement d’une intrusion localisée dans l’axe même de la Bourges (photo 6). Cette formation appartient à un essaim de dykes, également observables dans le socle qui se situe en rive gauche de la Bourges, en bordure de la route. Ces dykes ont vraisemblablement nourri des coulées aujourd’hui emportées par l’érosion.
Pereyres offre la possibilité d’observer, outre les lambeaux de la coulée du Ray-Pic accrochés plus de vingt mètres au-dessus du lit actuel de la Bourges, des dykes basaltiques et le neck localisé dans le lit même de la Bourges. Ces intrusions relèvent d’un volcanisme ancien et sont probablement contemporaines des basaltes du sud du Velay oriental.
Photo 6 - PEREYRES : NECK DE BASALTE ANCIEN.
LES LAMBEAUX DE COULÉE DU PAYRAL.
Juste après le virage à angle droit situé à 700 m du Peyral, de petits lambeaux de coulée, perchés sur le flanc droit de la Bourges (photo 7), permettent de mesurer la vigueur de l’érosion qui a prévalu depuis 80.000 ans (âge de mise en place de la coulée issue du Ray-Pic).

Photo 7 - LAMBEAUX DE COULÉE DU PEYRAL.
LE PONT DE CHASTAGNAS.

Photo 8 - CASCADE DANS LA VRAIE COLONNADE(aval de Pont de Chastagnas).
La cascade, située à faible distance du pont, est aisément approchable depuis le chemin situé en rive droite de la Bourges. On peut observer la prismation du basalte, les enclaves de péridotites qu’il contient, voir se baigner …
La coulée basaltique permet de se livrer à diverses observations, tant à l’amont (rive droite de la Bourges) qu’à l’aval (rive gauche) du pont enjambant la Bourges à la cote 606 m. Nous citerons principalement : une mini chaussée des géants et d’abondantes enclaves de péridotites (rive droite), la prismation particulière de l’entablement (rive gauche), enfin une superbe cascade visible dans l’axe de la vallée et individualisée dans la vraie colonnade (photo 8).Le visiteur, qui souhaitera marquer cet arrêt, franchira le pont et pourra stationner en rive droite de la Bourges, immédiatement après la sortie du pont.
LE SITE DE BURZET.
Outre son intérêt propre, la commune de Burzet offre la possibilité de regarder « d’au-dessus » une remarquable prismation affectant la vraie colonnade. On pourra l’observer depuis le pont enjambant la Bourges, puis aller regarder de très grosses enclaves de péridotites une centaine de mètres à l’amont (photo 9. C’est en ce point, au bord même de la Bourges, que nous avons observé la plus grosse enclave de péridotite de l’Ardèche (plusieurs décimètres).
Ces enclaves, également qualifiées de «protogranulaires» sont à la fois riches en olivines (minéral vert olive lorsqu’il n’est pas altéré) et pyroxènes (de couleur vert pomme ou plus sombres selon leur nature).

Photo 9 - PÉRIDOTITE À STRUCTURE  «À GROS GRAIN».
 Elles sont nommées «lherzolites» et proviennent directement du manteau terrestre. Elles sont susceptibles (par fusion très partielle : quelques pour cents) de produire les principaux types de basaltes connus à la surface du globe.

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