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Le volcanisme d'Ardèche
IX
- Jaujac (suite) DONNÉES DU PALÉOMAGNÉTISME. L’étude de la variation séculaire
du champ magnétique terrestre, faite au travers des laves qui ont
fossilisé la direction à l’époque de leur refroidissement,
permet l’accès à des indications déterminantes concernant
l’historique des venues éruptives d’une région donnée.
Encore, faut-il procéder avec soin au «nettoyage» des
directions mesurées (désaimantation par champ alternatif,
sur des échantillons nombreux et largement répartis dans
les coulées), afin d’être certain d’avoir une direction moyenne
bien représentative du champ magnétique fossile. Ainsi on
peut obtenir la direction recherchée avec assez de précision
pour qu’il soit possible de retrouver, sur l’ensemble des coulées
de la région étudiée, la variation paléoséculaire
du champ magnétique terrestre. DATATIONS PAR THERMOLUMINESCENCE. En 1978 on connaissait mal l’histoire
volcanique récente du Massif Central, il apparaissait probable
que la Chaîne des Puys -que l’on savait alors avoir été
active récemment- avait fonctionné plus que quelques milliers
d’années. Au-delà des datations alors disponibles, on avait
de bonnes raisons de penser que les processus de différentiation
magmatique conduisant des basaltes aux roches les plus différenciées
avaient pris plus de temps que ce que permettaient d’appréhender
les données disponibles. Il convenait donc de disposer d’un outil
de datation fiable, permettant de couvrir un laps de temps allant des
quelques milliers d’années couverts par le 14C aux quelques centaines
de milliers d’années auxquelles permettait alors d’accéder
la méthode K-Ar. A cette époque une extension de la méthode
K-Ar vers des âges plus jeunes apparaissait certes possible, mais
on craignait que la précision soit insuffisante pour les âges
récents. La datation par potassium-argon des coulées de
Laschamp et d’Olby (Gillot & Cassignol, 1977) et l’exploitation de
la thermoluminescence des enclaves granitiques et des galets cuits par
ces mêmes coulées (Valladas & Gillot, 1978 ; Valladas
G. & Valladas H., 1978) allaient ouvrir la voie à la datation
directe des laves par thermoluminescence. Ceci fut rendu possible du fait
de l’introduction de techniques de préchauffe, lesquelles permettent
d’éliminer les émissions de thermoluminescence de basse
température. En effet jusqu’alors, en deçà de 700
°K, les âges obtenus étaient de cinq à dix fois
trop faibles (Wintle, 1973). Pour les températures supérieures
à 700 °K, il faudra attendre l’utilisation de filtres ultraviolet
(G. & H. Valladas, 1978) pour que la thermoluminescence soit applicable
avec deux difficultés majeures : la faible intensité du
signal TL et l’insuffisante purification des feldspaths traités.
Les travaux de G. Guérin (1982-1983) ont permis de lever ces difficultés
par amélioration du mode de préparation des échantillons
permettant un meilleur contrôle des paramètres dosimétriques
et l’utilisation de fractions purifiées de feldspaths. Dans ses
travaux, effectués et publiés entre 1980 et 1983, Guérin
devait mettre au point les techniques et présenter les résultats
qui devaient faire de la thermoluminescence une méthode applicable
aux roches volcaniques récentes. La Chaîne des Puys, le Mont-Dore,
le Cézallier et le Vivarais furent les points d’application approchés
par l’auteur. Après ce rappel historique s’inscrivant dans la problématique
de la fin des années 70 et du début des années 80,
on rappellera que la méthode de datation des roches par thermoluminescence
permet de balayer un domaine temporel plus large que le 14C, allant de
300.000 à 3.000 ans. Cette technique est basée sur le fait
que, dans les roches, certains minéraux émettent de la lumière
sous l’effet d’une excitation thermique et que l’intensité de la
lumière émise est reliée à la dose radiative
accumulée (accumulée fait référence au contenu,
mais aussi à la notion de durée qui a permis d’arriver au
contenu) dans le minéral. Elle s’y accumule au cours de son refroidissement,
dès que sa température s’est abaissée en deçà
de 623 °K. La thermoluminescence détermine donc l’âge
du début du refroidissement de la lave (ou des minéraux
enclavés réchauffés par la lave) au nombre d’années
près (voir nettement moins) nécessaires au franchissement
de l’isotherme 623 K par le minéral thermoluminescent choisi pour
effectuer la datation. En thermoluminescence les mesures sont toujours
très fiables, l’erreur étant égale à 3 à
5% de l’âge mesuré. C’est la nature du phénomène
physique ou chimique qui est quelquefois analysée de façon
moins fiable. Ceci est surtout vrai dans certains cas épineux où
il n’est pas évident de comprendre ce qui s’est passé sans
prendre en compte la totalité d’un contexte et, où se situent
les limites du contexte à prendre en compte ? Tout ceci n’a rien
de simple. Les conditions d’échantillonnage sont faciles du fait
de l’orographie locale ; les échantillons utilisés en thermoluminescence
proviennent : du Suc de Bauzon, de la Coupe de Jaujac, du Ray-Pic, du
Pic de l’Étoile, enfin de La Gravenne de Montpezat (tableau).
LA DATATION ABSOLUE : UN EXERCICE DÉLICAT. Qu’il s’agisse de datation
par la méthode potassium-argon ou par thermoluminescence, la détermination
de l’âge des laves, émises par les Jeunes Volcans d’Ardèche,
est pour le moins épineuse. Tant le caractère partiellement
vitreux des basaltes que l’abondance des xénocristaux(*) de socle
qu’ils contiennent rendent en effet délicate l’interprétation
des résultats obtenus. Ici, dans ce bloc de basalte du volcan du
Cherchemuse, l’abondance des feldspaths du socle a conduit à un
âge K-Ar de 320.000 ans alors que l’âge probable n’est peut-être
pas supérieur à 80.000 ans.
VOLCANISME
QUATERNAIRE RÉCENT DE L’ARDÈCHE : LES DONNÉES DU 14C. La méthode de datation par
14C a longtemps été la seule disponible pour les formations
très récentes. Son principe repose sur l’analyse isotopique
des résidus carbonés fossiles, fragments de bois ou paléosols,
situés sous les produits volcaniques ou mélangés
à eux. On sait que le 14C accumulé au cours de la vie de
toute substance organique décroît exponentiellement à
l’arrêt du métabolisme Il est donc possible de calculer l'age
d'un élément par cette méthode qui présente
l'inconvénient de pouvoir dater des événements âgés
de plus de 50.000 ans. LA DATATION SUR PALÉOSOLS POSE DE NOMBREUX PROBLÈMES CAR : - les processus biologiques de la
fixation du carbone sont plus complexes que pour un végétal
supérieur, Echantillon
JA3, Vallée du Lignon (Jaujac), Echantillon
Nord Ruines du Château de Pourcheyrolles (Volcan du Chambon),
VOLCANISME
QUATERNAIRE RÉCENT DE L’ARDÈCHE :
CONCLUSION : DES AGES 14C A PRENDRE EN CONSIDÉRATION ? Entre les âges 14C et ceux obtenus par thermoluminescence les écarts sont importants. Les données inédites en 14C, obtenues avec beaucoup de soin, confirment l’importance de cet écart qu’il convient de tenter d’expliquer. A ce premier point s’ajoute sans doute un second point -cornélien- relatif au choix éventuel à faire entre les deux types de mesures. Ce passe, dans un premier temps, par un réexamen des laves ayant servi aux mesures de thermoluminescence. En effet, si la qualité des mesures n’est pas en cause, la connaissance que nous avons des basaltes, nous conduit à nous interroger sur leur fiabilité. L’examen microscopique montre qu’il y a des xénocristaux -tant provenant du socle que des péridotites mantelliques- à toutes les échelles. La clé des contradictions soulevées réside probablement dans cette constatation. Concernant les mesures 14C, à la différence des pollutions classiques évoquées, la fixation éventuelle de carbone mort -que nous avons également évoquée- peut altérer sensiblement la composition isotopique du carbone pris en compte lors de datations. Ce cas de figure est connu dans les zones volcanisées, particulièrement dans les zones encore actives (ou sub- actives). Tel est, peut-être, le cas en Ardèche ou les émissions de CO2 sont très fréquentes
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