Le
volcanisme d'Ardèche
VIII - Le volcanisme athogien
| INTRODUCTION
La Gravenne de Thueyts, encore appelée Volcan du Prat, domine
la route N. 102 en rive gauche de la vallée de l’Ardèche
(Figure 1). Elle se présente comme un ancien cône,
aujourd’hui éventré, de huit cents mètres de
diamètre et s’élevant d’une centaine de mètres
au-dessus du substratum métamorphique.
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La
coulée, qui a égueulé la Gravenne sur son flanc
ouest-sud-ouest, a été partiellement bloquée
à l’aval par les scories du cône qui encombraient le
lit de l’Ardèche. Elle s’est, de ce fait, étalée
en amont en raison de la faible pente locale de la vallée. |
La
coulée émise par la Gravenne de Thueyts est assurément
la plus imposante du Pays des Jeunes Volcans d’Ardèche (Photos
1 et 2).. Elle ne possède certes pas la longueur de celle issue
du maar du Ray-Pic (21 km), ni la superbe vraie colonnade qu’offre
la coulée de Jaujac ; en revanche sapuissance (localement supérieure
à 50 mètres), sa largeur et le cachet particulier
qu’elle donne à la commune de Thueyts en font une formation
tout à fait exceptionnelle. |
Photo 1 - LA GRAVENNE
ET LA COULÉE DE
THUEYTS
Cette vue, prise
depuis la rive droite de l’Ardèche, montre bien le site du
village pour l’essentiel bâti sur la coulée. Au premier
plan et de gauche à droite on remarque la puissance de la
coulée et au delà de la Gueule d’Enfer, les restes
du cône dont elle est issue. Au second plan on distingue nettement
le Gravenne de Montpezat et le célèbre Rocher d’Hautureyre.
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Les
sentiers existants, tant en rive gauche qu’en rive droite de l’Ardèche,
permettent de multiplier les observations les plus diverses. Le basalte
diffère quelque peu selon qu’il est observé dans la masse
de la coulée ou dans les passées scoriacées
où il est gris clair et riche en petites bulles millimétriques
allongées donnant à la roche un faciès plus ou moins
ponceux. Dans ces basaltes scoriacés, les cristaux visibles à
l’œil nu (phénocristaux) sont rares ; il s’agit le plus souvent d’olivines
relativement altérées (rubéfaction à haute température).
Des enclaves de péridotites de taille centimétrique, le plus
fréquemment altérées, sont localement observables.
Photo 2 - VRAIE COLONNADE ET ENTABLEMENT.
(CHEMIN DE LA GUEULE D’ENFER).
La coulée
basaltique de Thueyts, d’une puissance tout à fait exceptionnelle
(cinquantaine de mètres d’épaisseur), ne se caractérise
cependant pas par la hauteur de la vraie colonnade. Celle-ci, néanmoins
bien individualisée, est bien observable le long du chemin
qui, depuis la Gueule d’Enfer, conduit au Pont du Diable. On prendra
la mesure de la puissance de la formation soit depuis le belvédère
de la N 102, soit depuis les sentiers serpentant en rive droite
de l’Ardèche, soit (par exemple) en empruntant «l’Echelle
de la Reine».
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Le basalte massif de la coulée est gris
clair en patine mais plus sombre que le précédent en
cassure. Les bulles, moins nombreuses, y sont plus allongées.
De petites enclaves de péridotites, relativement fraîches,
y sont également présentes.
A l’œil nu de rares phénocristaux de
pyroxène
(augites noires) et des
olivines,
automorphes et peu ou pas altérées, se distinguent dans
une fine matrice que seul le microscope permettrait d’observer avec
efficacité. Comme pour les autres volcans récents de
l’Ardèche, la composition chimique du basalte (voir annexe)
traduit bien son appartenance au groupe des basaltes «alcalins»
caractéristiques de la quasi-totalité des basaltes
d’âges Tertiaire et Quaternaire du Massif Central. Sur la base
de modèles plus ou moins généralement admis,
ces compositions reflètent un faible taux de fusion partielle
de péridotites
au sein du manteau terrestre. |
Les basaltes
alcalins, groupe auquel appartient le basalte émis par la Gravenne
de Thueyts, contiennent souvent des enclaves arrachées aux terrains
traversés lors de leur ascension vers la surface du globe terrestre.
Les unes sont prélevées dans la croûte, à des
profondeurs variables (roches métamorphiques dans le secteur concerné),
les autres au sein-même du manteau terrestre. Ces dernières
sont pour l’essentiel des péridotites,
de couleur verte lorsqu’elles sont fraîches à rouge brique
lorsqu’elles sont «rubéfiées». Elles contiennent
en proportions variables trois minéraux principaux (les pétrographes
disent «minéraux cardinaux» : voir glossaire) : olivine,
orthopyroxène, clinopyroxène et un minéral présent
en très faible quantité (les pétrographes disent «minéral
accessoire») : le spinelle.
Prélever des échantillons de roches mantelliques en place
est naturellement impossible, le manteau se localisant entre la base de
l’écorce terrestre (moins de 10 à plus de trente kilomètres
de profondeur selon que l’on se situe en milieu océanique ou continental)
et le noyau situé à une profondeur de 2.900 km. Nous disposons
néanmoins d’informations relativement précises au travers
des données qu’apporte l’étude minéralogique et pétrologique
des enclaves «échantillonnées» par les basaltes.
| LE CÔNE, LES POUZZOLANES (PROPRIÉTÉS,
USAGES)
Brousse et Berger (1967) ont
écrit : «La morphologie primitive n’est plus identifiable
en raison de l’intense exploitation dont il est depuis longtemps
l’objet». Si trente ans plus tard ce point de vue reste plus
que jamais d’actualité, le stade actuel d’exploitation des
deux carrières en activité n’en permet pas moins d’intéressantes
observations.
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Photo
3 - LA CARRIÈRE EST.
En
pleine activité, la carrière Est montre de nombreux
affleurements d’une fraîcheur exceptionnelle. On y trouvera
divers types projections et, avec un peu de chance, de la covellite.
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La Gravenne
de Thueyts est le point du Pays des Jeunes Volcans où il est le plus
facile d’appréhender ce qu’est la pouzzolane.
Les niveaux les plus récents, bien visibles en bordure de la route
nationale 102, s’enrichissent en blocs scoriacés
décimétriques et même en passées basaltiques
franches annonçant l’ultime phase d’activité que matérialise
la puissante coulée mise en place dans la vallée de l’Ardèche.
Des enclaves sporadiques de socle, de couleur claire et atteignant tout
au plus quelques centimètres, se détachent sur le fond rouge
ou noir des fronts de taille.
La carrière
Est (Photo 3), située en bordure de la route forestière conduisant
à la Gravenne de Montpezat, est la plus spectaculaire ; elle offre
de beaux panoramas sur la vallée de l’Ardèche et de très
bonnes opportunités d’observations tant des produits en place (pouzzolanes,
bombes, etc.) que des modalités de leur extraction par l’exploitant.
Photo 4 - SCORIES
SOUDÉES (CARRIÈRE EST).
Parvenues
au sol à une température encore très élevée,
certaines scories se sont soudées immédiatement
après leur mise en place. Leur couleur rouge est due à
un niveau d’oxydation un peu plus élevé que les
scories noires. Le fer, présent en quantité relativement
importante (pouvant être proche de 10%), permet de comprendre
la relation entre couleur et degré d’oxydation. De telles
projections sont assez fréquentes au Pays des Jeunes Volcans.
Les plus spectaculaires sont celles du Souilhol (commune de Meyras)
et, à un moindre degré, celles localement visibles
sur les pentes du maar du Chambon (commune de Montpezat sous Bauzon).
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Depuis le terre-plein, situé en bordure de route, on bénéficie
d’une très bonne vue vers l’aval à la fois sur la vallée
de l’Ardèche et sur le volcan du Souilhol qui la domine en
rive gauche (au delà de Neyrac les Bains). De plus, depuis
le sommet de la carrière (côté gauche), on dispose
d’un remarquable panorama en direction du centre de Thueyts et de
sa coulée basaltique.
La carrière
offre une grande diversité d’observations possibles. Elle montre
aussi bien des pouzzolanes de couleur sombre (plus ou moins noires)
lorsqu’on est situé relativement loin du point d’émission
(ancienne cheminée) que des projections franchement rouges
lorsqu’on s’approche de celle-ci. Dans sa partie la plus à
l’ouest, des projections rappelant celles décrites au sommet
du Souilhol, s’offrent au regard (Photo 4). Il s’agit alors de l’expression
d’une phase d’activité ayant émis des paquets de lave
très chaude, le plus souvent retombée près du
point d’émission. |
De
superbes bombes fuselées, pouvant atteindre un à plusieurs
décimètres, se rencontrent également (Photo 5). Nous
signalerons la présence de Covellite (sulfure de cuivre : CuS),
le plus souvent bleu-indigo, en quantité localement significative.
Photo 5 - BOMBE FUSELÉE.
La carrière Est, bien connue
des amateurs, autorise la découverte de très belles bombes
fuselées, de tailles très diverses, pouvant, pour certaines
d’entre elles, atteindre le mètre.
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Moins spectaculaire, car proche de l’épuisement de ses réserves,
la carrière Ouest n’en offre pas moins des conditions d’observation
intéressantes (Photo 6). Elle est d’un accès aisé
et se prête bien à l’observation en deuxième partie
de la journée (orientation du soleil). Les pouzzolanes y sont
immédiatement accessibles et la relation substratum/volcan
facile à appréhender. |
Photo 6 - LA CARRIÈRE OUEST.
En voie d’épuisement, la carrière Ouest n’en autorise
pas moins quelques belles observations.
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POUZZOLANES
ET POUZZOLANICITÉ
L’étude
de La Gravenne de Thueyts offre l’occasion de se pencher sur la pouzzolane
en tant que matériau (Photos 7 et 8). En France le terme pouzzolane
concerne soit des scories volcaniques de composition basaltique ou proche,
soit des matériaux ayant des propriétés dites «pouzzolaniques»
et pouvant avoir des origines très diverses. Nous proposons de
lever brièvement l’ambiguïté que peut susciter ce double,
voir triple sens du terme pouzzolane.
Photo 7 – POUZZOLANES ROUGES CALIBRÉES
(CARRIÈRE EST).
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Le terme pouzzolane trouve son origine à Pouzzoles, petit port
du Golfe de Naples. De très beaux vestiges en béton
de pouzzolane sont connus de longue date, notamment : le temple de
Seraphis, la villa de Cicéron, la Chapelle Agia Irini construite
au XIVème siècle sur l’île de Ios, près
de Santorini (Cyclades).
L’évocation de ces prestigieux édifices nous offre l’occasion
de préciser que, même pour le pétrographe, le
terme pouzzolane peut concerner deux types de matériaux de
nature chimique bien différente. Ainsi, Jung (1957) donne la
définition suivante : «Les pouzzolanes de Pozzuoli (Italie
Centrale), sont des cendres trachytiques claires et friables, qui
sont susceptibles d’être utilisées comme ciment naturel». |
Il reste qu’en France le terme pouzzolane est utilisé
au sens restreint des pétrographes/volcanologues qui lui donnent
le contenu suivant : «La pouzzolane est une roche naturelle constituée
par des scories volcaniques basaltiques ou de composition proche. Elle possède
une structure scoriacée et alvéolaire». Du point de
vue chimique et d’après la norme officielle P18-310 (juillet 1957),
la pouzzolane est essentiellement constituée de :
SiO2 43 à 55% ; Al2O3 12 à 24%
Fe2O3 8 à 15% ; moins de 0,5% de soufre sous forme de sulfure,
moins de 1% de SO sous forme de sulfate.
La pouzzolane est généralement rouge ou
noire, avec toutes les teintes intermédiaires, exceptionnellement
grise. Une analyse ancienne de pouzzolane, prélevée à
la Gravenne de Thueyts (carrière Ouest) a donné la composition
suivante (exprimée en poids d’oxydes pour cent) :
SiO2 44,06 ; Al2O3 17,96 TIO2 0,84
; Fe2O3 12,94 ; CaO 10,12 ; MgO 10,19 ; MnO 0,17 ; (Na2O + K2O) 1,22 ; Cr2O3
0,12 ; (Eau + Perte au Feu) 1,76 ; TOTAL 99,38
L’ensemble des éléments
de la définition sus-jacente, qui s’applique tout particulièrement
aux scories basaltiques, ne nous sort guère des sentiers battus
dont s’écarte déjà celle de FAICK :
"Les
pouzzolanes sont des matières naturelles ou artificielles qui,
ajoutées à du ciment, donnent un produit de qualité
supérieure pour un prix généralement très
bas.
"
Le «Concrete Manual» (U.S.B.R.) nous
donne une définition plus précise :
«...Une matière siliceuse
ou silico-alumineuse possédant en elle-même peu ou pas
de propriétés de prise mais qui, finement divisée
et en présence de chaux, réagit avec l’hydroxyde de
chaux à la température ordinaire pour former un composé
ayant les propriétés d’un ciment». |
Photo 8 – POUZZOLANE NOIRE (CARRIÈRE
EST).
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Considéré du point de vue du géotechnicien,
le terme pouzzolane prend donc un sens bien différent de celui des
pétrographes. L’ingénieur réunit sous cette rubrique
des matériaux aussi différents que le trass de l’Eiffel (Allemagne),
la terre de Santorin, les tufs de nature trachytique, voire basaltiques,
certaines argiles, certains schistes houillers, la gaize, etc. A cette liste
de matériaux naturels s’ajoutent les laitiers de hauts fourneaux,
les cendres volantes, etc. La variété des produits cités
peut étonner ; en fait tous sont bien des pouzzolanes au sens du
géotechnicien.
Les pouzzolanes de composition basaltique ou proche (type Gravenne de
Thueyts) présentent diverses possibilités d’utilisation
au nombre desquelles : les bétons légers, les parpaings
(la structure alvéolaire de la pouzzolane confère une faible
densité au béton pour une qualité mécanique
donnée), les couches de base pour itinéraires routiers hors-gel
(la porosité globale de la pouzzolane empêche la formation
de lentilles de glaces et évite donc la mise en place de barrières
de dégel), les boisseaux de cheminées (la pouzzolane est
un isolant thermique de qualité exceptionnelle, les revêtements
anti-moisissures (les champignons microscopiques ne se développent
pas sur la pouzzolane : un revêtement de pouzzolane à la
base d’un mur humide peut donc résoudre indirectement des problèmes
d’allergies), les revêtements de caves à l’intention des
amateurs de bons vins désirant les faire vieillir en conditions
aussi favorables que possible lorsque l’habitat naturel n’est pas optimal,
les filtres divers et fosses septiques (les eaux présentent généralement
une haute qualité après avoir percolé en milieu pouzzolanique,
les éléments de décoration (actuellement les exploitants
mettent l’accent sur cet aspect en mettant en avant la touche de couleur
qu’apporte la pouzzolane, son caractère «inerte et inaltérable»
etc.).
À cette longue liste, s’ajoutent les utilisations possibles en
horticulture (l’herbe pousse mal sur la pouzzolane, «son caractère
minéral met les toiles plastiques à l’abri des rayons ultraviolets»
(publicité d’Europouzzolane).
Ainsi,
les usages que propose la publicité du Groupe Seroul concernent
:
-la culture horticole en serres. Pour cet usage, le prospectus du groupe
Seroul relève : «une meilleure aération du compost,
un meilleur enracinement, Un meilleur drainage, un meilleur échange
hygrométrique»
-la culture sans sols. Cette culture, également appelée
hydroponique, est effectuée en goutte à goutte (par aspersion
ou par le sol). Selon le prospectus, la pouzzolane permet «de réduire
les risques de maladie car exploitée à grande profondeur
elle est exempte de germes divers, de retenir plus longtemps la solution
nutritive»
-la culture en plein champ. La pouzzolane est ici conseillée pour
l’amendement de certains sols ; au nombre des avantages qu’elle présente,
le document publicitaire insiste sur «le meilleur enracinement,
le meilleur arrachage, la facilité de reprise des plants,
la suppression de pots coûteux, la réduction du risque de
carences et de maladies».
FIGURE 2 - LES TROIS PHASES ERUPTIVES
(données de la thermoluminescence et du paléomagnétisme)
SOURCES : Berger, 1981, Rochette, Braun &
Berger, 1993, Berger, 1998-2000. Les volcans les plus vieux (130
ka) sont ceux situés au nord (Chaudeyrolles, Borée,
Saint-Martial) ; les plus jeunes (16 à 12 ka) sont localisés
au sud (Vestide du Pal, Chambon, Thueyts, Jaujac). Un travail
récent, effectué à l’université de
Clermont-Ferrand, retrouve les valeurs proposées pour l’épisode
le plus récent (De Goër, communication personnelle).
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La prise en compte simultanée de l’ensemble des données
de terrain, de celles du paléomagnétisme et des mesures
d’âges absolus permet de mieux cerner le problème que
pose l’estimation des âges de mise en place des jeunes volcans
d’Ardèche (Figures 2 & 3).
Selon
que l’on prend en compte les données de la Thermoluminescence
ou celles du 14C les âges obtenus diffèrent. Une première
estimation effectuée sur 14C, et ne concernant ni le volcan
de Cherchemuse, ni le maar du Lac d’Issarlès, ni les appareils
situés au nord du Ray-Pic, avait conduit à la mise en
évidence de deux phases éruptives brèves : l’une
à plus de 35.000 ans, l’autre à 12.000 ans environ (Berger,
1973 : Figure 3).
Un travail plus récent, englobant les volcans non pris en
compte dans la première étude et ne s’appuyant que
sur les données du paléomagnétisme et de la
thermoluminescence (Rochette, Bertrand, Braun & Berger, 1993),
conduit ses auteurs à proposer trois phases d’activité
très brèves se situant respectivement à 130.000,
80.000 et 47.000 ans (Figure 2). Un examen approfondi des conditions
d’obtention des données relatives à la thermoluminescence
nous a conduit sinon à reconsidérer cette conclusion
du moins à en souligner certaines faiblesses (Berger, 1997).
Le problème de l’âge absolu restant posé, il
convient de prendre en compte deux datations 14C récemment
communiquées (Berger, 1997). L’une concerne la coulée
de Jaujac (16.280 ? 410 ans), l’autre la coulée issue du
maar du Chambon et effectuée sur des charbons prélevés
sous le basalte situé à la verticale et en contrebas
de la ruine du château de Pourcheyrolles (15.100 ans ? 360
ans).
Avec
les réserves qui s’imposent, ces deux dernières datations
apportent un éclairage intéressant à l’estimation
de l’âge absolu du volcan de Thueyts. En effet, le paléomagnétisme
est le même pour les quatre volcans de Thueyts, du Chambon,
du Souilhol (11.770 ? 270 ans : Berger & al., 1975) et de Jaujac.
Ces paléomagnétismes impliqueraient une durée
d’activité brève pour la phase qui a vu se mettre
en place ces appareils. On peut estimer (sous l’importante réserve
qu’impose la fiabilité des données du 14C) que le
volcan de Thueyts a soit un âge compris entre 16.700 et 11.500
ans, soit 47.000 ans.
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Figure 3 – LES DERNIÈRES ÉRUPTIONS
DE L’ARDÈCHE. (ÂGE 14C)
Les premières datations
14C (points 1 à 3), combinées aux données du paléomagnétisme
et à celles du terrain, avaient permis la mise en évidence
de deux phases éruptives brèves, l’une vers 12.000 ans
et l’autre à plus de 35.000 ans. Les datations 14C, publiées
récemment (Berger, 1997 - 1998), relancent le débat relatif
à l’âge très jeune des dernières éruptions.
Les deux datations concernent respectivement la coulée issue
du Chambon (point 4, à 15.100 +/- 360 ans sous le château
de Pourcheyrolles) et la coulée issue de la Coupe de Jaujac (point
5, à 16.280 +/- 410 ans). Ces valeurs donnent donc globalement,
pour l’âge 14C de la dernière phase éruptive, une
fourchette comprise entre 16.000 et 12.000 ans.
| L’incision dans le socle : enseignements
A Thueyts, la présence
de coulée basaltique autorise une bonne réflexion
sur le rôle des coulées dans l’évolution de
la morphologie et comme marqueur de la vitesse actuelle d’incision
des vallées.
Les observations réalisables au Pont du diable et en amont
(Photos 9 et 10) donnent, à priori, une excellente idée
de la vitesse d’incision des vallées au quaternaire récent.
Les conclusions que suggère ce site semblent aller dans le
même sens que celles obtenues à une plus large échelle,
lesquelles conduisent actuellement à envisager une vitesse
de soulèvement récent du Massif Central de l’ordre
de 0,14 mm/an.
Il reste qu’au niveau du Pont du diable, l’axe de la vallée
se situait un peu au nord avant la mise en place de la coulée.
L’importance de l’incision doit donc, pour le moins, être
interprétée avec la plus grande prudence.
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Photo 9 - Incision de la vallée de
l'Ardèche (pont du diable et secteur amont)
Photo 10 - LA
COULÉE AU PONT DU DIABLE.
L’importance de l’incision du socle est
sans doute au moins autant liée au changement de lit, consécutif
à la mise en place de la coulée basaltique, qu’au
récent soulèvement du Massif Central.
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