L’exercice physique

Dans la population générale, l’activité physique régulière a un effet favorable sur la mortalité et la morbidité cardiovasculaire du fait de la diminution de la masse grasse et de la pression artérielle, de l’amélioration du profil lipidique (augmentation du HDL cholestérol ou « bon cholestérol » et diminution des triglycérides), de l’augmentation de la fibrinolyse (mécanisme « inverse » de la coagulation qui permet la dissolution des dépôts de fibrine dans le sang) et de l’augmentation de la sensibilité à l’insuline (mécanisme « inverse » de l’insulinorésistance). (cf. activité physique et diabète – recommandations de l’ALFEDIAM). Ce dernier point explique parmi d’autres pourquoi la pratique régulière de l’exercice physique est, sous certaines conditions, bénéfique au diabétique.

L’exercice physique ne signifie pas obligatoirement « sport », et encore moins performance. Ce peut être : la marche quotidienne, la promenade avec le chien, le jardinage, le bricolage.

Rappel : que se passe-t-il pendant un exercice physique ?

Alors qu’au repos le muscle oxyde principalement les acides gras libres, sa mise en action initiale mobilise le glucose contenu dans le glycogène intramusculaire. Etant donné que les réserves de glycogène musculaire sont limitées (entre 300g chez un sujet adulte moyen et 500g pour un sportif), leur épuisement ou déplétion est rapide (de 60 à 90 mn en cas d’effort  intense) et c’est la réserve de glycogène du foie (environ 100g) qui prend le relais. Le pancréas réduit alors sa fabrication d’insuline et si l’effort se prolonge au-delà des capacités de production de glucose par le foie, les muscles puisent dans les graisses leurs ressources énergétiques. Ce métabolisme étant plus lent que celui de la délivrance d’énergie par le glucose, le corps doit ralentir son travail jusqu’au niveau d’équilibre entre dépense et synthèse d’énergie. Si l’adaptation se fait mal et s’il n’y a pas d’apport glucidique par l’alimentation, c’est le « coup de pompe ».

Effets bénéfiques chez le sujet indemne de diabète

Outre les effets déjà mentionnés, plusieurs études ont montré que l’exercice physique régulier et pratiqué depuis plusieurs années diminuent l’incidence du diabète de type 2, particulièrement chez les sujets à risque.

Effets bénéfiques chez le diabétique de type 2

sur le métabolisme du glucose :

  • l’exercice a un effet hypoglycémiant : le sucre libéré par la transformation du glycogène des muscles et du foie ne peut subvenir aux besoins énergétiques que pendant une durée limitée (environ 1 heure ½ d’effort intense)
  • l’exercice physique régulier améliore la sensibilité à l’insuline par l’augmentation du nombre de récepteurs des cellules au glucose

sur la perte de poids

il semblerait que l’exercice physique régulier modéré à moyen n’entraîne pas de perte de poids significative. En revanche, il diminue la masse grasse (tissus adipeux) et augmente la masse maigre (essentiellement constituée d’eau, mais aussi des os et des organes, hors partie grasse).

sur les autres facteurs de risque cardiovasculaire :

ce sont ceux rencontrés chez le sujet sain. L’augmentation de la VO2max est une atténuation appréciable d’un facteur de risque chez le diabétique.

Conseils

avant d’entreprendre un effort soutenu ou intense,  et inhabituel, le diabétique doit prendre avis auprès de son médecin et être conscient des risques :

  • survenue ou aggravation d’une insuffisance coronaire,
  • hémorragie rétinienne sous l’effet de poussées hypertensives en cas de rétinopathie proliférante,
  • lésions du pied
  • aggravation d’une protéinurie (élimination excessive de protéines par les urines)Le médecin pourra réaliser ou prescrira les examens suivants :
  • contrôle de la tension artérielle,
  • examen des pieds à la recherche d’une artérite ou d’une neuropathie,
  • ECG et dans certains cas, électrocardiogramme d’effort voire scintigraphie myocardique,
  • examen du fond de l’oeil.

En règle générale, adapter l’activité à sa forme physique et à la présence éventuelle de complications, coronariennes en particulier. Les sports d’endurance (marche et course à pied, cyclisme, natation, rameur, step, golf, ski de fond, raquettes, gymnastique, pétanque,…) seront privilégiés par rapport aux exercices intenses et de courte durée qui sont hyperglycémiants (sprint, tennis, musculation, sports de combat et en général tous les sports favorisant la résistance où les changements de rythme sont fréquents).

La durée de l’exercice devra progressivement atteindre et dépasser les 30 à 40  minutes, seuil à partir duquel des effets métaboliques peuvent être enregistrés. Notez que deux séances de 30 mn sont préférables à une seule d’une heure.

Sachant que l’augmentation de la sensibilité à l’insuline disparaît après une trentaine d’heures, la répétition de 3 à 4 séances par semaine constitue la fréquence optimale.

Se caler sur le rythme de l’aisance respiratoire, c’est-à-dire en dessous du seuil d’essoufflement. Un bon moyen pour ne pas aller au-delà de ses limites est de surveiller sa fréquence cardiaque qui devra rester en-deçà de 80% de la fréquence cardiaque maximale (celle-ci est estimée en retranchant l’âge de 220). Par exemple, pour un sujet de 58 ans, la fréquence cible est de  (220-58)*0.8 = 130

La prévention des lésions aux pieds nécessite leur parfaite hygiène pour éviter les mycoses, le traitement des cors et durillons, un bon chaussage (sans zone de frottement) et des chaussettes épaisses.

La surveillance glycémique avant et après effort permettra de bien évaluer son effet hypoglycémiant.

Les patients sous sulfamides hypoglycémiants devront réduire ou suspendre la prise précédent l’exercice afin d’éviter l’hypoglycémie.

Emporter avec soi les moyens de se resucrer (boisson sucrée, morceaux de sucre, barres énergétiques,…)

Effets bénéfiques chez le diabétique de type 2

Les bénéfices constatés dans la population générale et chez les diabétiques de type 2 sont partagés par les diabétiques insulinodépendants. Il s’y ajoute des effets psychologiques favorables, particulièrement chez les jeunes où la pratique d’un sport participe à l’équilibre psychique et peut être envisagée comme un défi au handicap.

Les risques spécifiques sont ceux de l’hypoglycémie et de l’aggravation de l’hyperglycémie si le diabète est mal équilibré. En outre, les sports pour lesquels l’autosurveillance glycémique est difficile (la plupart des sports aquatiques, l’alpinisme,…) et les sports où une hypoglycémie peut être fatale (sports mécaniques, plongée sous-marine, parachutisme…) sont déconseillés.

Les conseils sus-mentionnés s’appliquent mais doivent être complétés :

  • le dosage de la glycémie capillaire avant l’effort est indispensable,
  • la diminution de la dose d’insuline doit être adaptée en fonction du schéma de prises et de l’intervalle de temps entre l’injection et l’exercice physique (la réduction est en général d’autant plus faible que l’exercice est à distance de l’injection),
  • l’augmentation de la ration glucidique avant et après l’effort (pour la reconstitution des réserves de glycogène) devra être adaptée à la durée et à l’intensité de l’effort ainsi qu’au réglage éventuel de la dose d’insuline,
  • les efforts brefs et légers ne nécessitent pas d’apport complémentaire de glucides

Quelques grands sportifs diabétiques :

  • Gary Hall, nageur américain, 9 fois médaillé olympique
  • Pär Zetterberg, international de football suédois